Cette page décrit exactement comment NADIR calcule —
les données, les équations, les seuils — et ce que ça vaut : où le modèle est
solide, où il se trompe, et dans quel sens il se trompe.
Aucun secret : tous les paramètres sont listés ici, tels qu'ils sont dans le code
de la version 1.0.
La question posée
Ouvrir les fenêtres rafraîchit si l'air dehors est plus frais que chez vous.
Mais deux choses compliquent l'affaire. D'abord, ouvrir suppose en général de
relever les volets : le soleil qui entre peut coûter plus que l'air frais
ne rapporte. Ensuite, la fraîcheur gagnée doit se stocker quelque part —
dans les murs — sinon elle repart en une heure.
C'est donc un problème de timing et d'arbitrage, pas une règle
fixe. NADIR le traite de la seule façon honnête : en simulant votre logement
heure par heure sur les 30 prochaines heures, et en cherchant les créneaux où
ouvrir fait vraiment gagner.
Les données d'entrée
La météo : Open-Meteo. Température de l'air à 2 m et point de rosée,
heure par heure, sur 3 jours, dans le fuseau du lieu. La simulation ne garde
que les 30 prochaines heures — assez pour inclure le pic de demain
après-midi, celui que la nuit à venir peut encore adoucir.
Vos quatre réglages. L'inertie des murs (légers / moyens / lourds),
la ventilation possible fenêtres ouvertes (faible / moyenne / forte),
l'exposition (une ou deux façades), et la température intérieure
actuelle — le réglage le plus important, car il fixe l'état de départ
exact de la simulation.
Et ce que NADIR n'utilise pas, autant le dire : pas de données de
rayonnement solaire mesuré, pas de vent, pas de nébulosité. Le soleil est un
modèle géométrique de ciel clair (détaillé plus bas) — c'est une vraie limite,
examinée dans la section sur les biais.
Tant qu'aucun lieu réel n'est choisi, l'app affiche une sinusoïde
d'exemple étiquetée « Exemple » — et les raccourcis Siri refusent de répondre
dessus plutôt que d'inventer un verdict.
Le modèle : deux nœuds, l'air et la masse
L'observation de départ : quand vous aérez, l'air se rafraîchit en
minutes ; les murs mettent des heures. Un seul « réservoir de chaleur » ne
peut pas représenter ça. Deux suffisent : un nœud air (l'air de la pièce
et le mobilier léger) et un nœud masse (murs, planchers, cloisons),
couplés entre eux et vers l'extérieur.
Le modèle complet tient dans ce schéma. La ventilation agit sur
l'air ; l'air, lentement, sur la masse.
À chaque heure de météo, deux bilans d'énergie sont intégrés (10 sous-pas de
6 minutes, méthode d'Euler explicite — dimensionnés pour rester sous la limite
de stabilité du cas le plus ventilé) :
Pièce de vie type ; voir « biais » pour ce que ça implique
Capacité de l'air Ca
150 kJ/K
Air seul ≈ 60 kJ/K (ρcp = 1 206 J/m³K × 50 m³) + mobilier léger
Capacité de la masse Cm = κ·A
2,2 / 3,3 / 5,2 MJ/K
κ = 110 / 165 / 260 kJ/(m²K) selon murs légers / moyens / lourds — classes de la norme EN ISO 13790
Couplage air ↔ masse Ham
300 W/K
Échange convectif/radiatif sur ~40 m² de parois, ≈ 7,7 W/m²K
Enveloppe Henv
50 W/K (×1,15 traversant)
Pertes parois + infiltrations, logement ancien type
Ventilation n (fenêtres ouvertes)
3 / 8 / 15 vol/h
Renouvellements d'air par heure : entrebâillé / bien ouvert / grand courant d'air
Facteur traversant
×1,5 ou ×1,8
Deux façades adjacentes / opposées (le courant traverse)
Hvent = ρcp·n·V·f / 3600
50 → 452 W/K
Selon vos réglages ; à comparer aux 50 W/K de l'enveloppe
Apports internes
150 W
Occupants + appareils, constant
Soleil direct (pic, par façade)
650 W
~2 m² de vitrage en plein soleil, facteur solaire compris
Soleil diffus (pic)
120 W
Ciel, toutes orientations
Volets fermés
30 % passe
Volets + rideaux imparfaits
Hystérésis d'ouverture
−0,75 / −0,25 °C
Voir « la décision d'ouvrir »
Pas de calcul
1 h ÷ 10
Sous-pas de 6 min, Euler explicite
Ces valeurs donnent au logement simulé trois échelles de temps, et
c'est elles qui portent tout le comportement :
≈ 3–5 minl'air, fenêtres grandes ouvertes :
τ = Ca/Htotal. L'air « suit » le dehors presque
instantanément — conforme au vécu.
≈ 2–5 hla masse : τ = Cm/Ham.
C'est pour ça que 10 minutes d'aération rafraîchissent l'air mais pas le
logement — et qu'une nuit entière, oui.
≈ 13–30 hle bâtiment fermé :
τ = (Ca+Cm)/Henv. Fermé, le logement dérive
lentement vers la température moyenne extérieure.
Ces ordres de grandeur correspondent aux constantes de temps mesurées sur de
vrais bâtiments (typiquement 15 à 50 h pour un logement fermé). C'est le
premier argument de confiance : la dynamique est la bonne, même si les
valeurs absolues restent approximatives.
L'état de départ
La courbe démarre exactement à la température que vous saisissez : l'air y est
fixé, et la température de la masse est déduite en résolvant l'équilibre
de l'air à l'instant initial, fenêtres fermées
(dTa/dt = 0) :
Tm = Ta − [Henv·(Text − Ta) + Φ0] / Ham
Concrètement : s'il fait chaud dehors et que le soleil tape, la masse est
supposée un peu plus fraîche que l'air (elle absorbe) ; la nuit après une
journée chaude, un peu plus chaude (elle restitue). Pas de saut artificiel au
départ de la courbe, et votre thermomètre calibre réellement le modèle.
Le soleil, sans données de rayonnement
Faute d'utiliser un rayonnement mesuré, chaque façade reçoit une cloche de
ciel clair en cos², avec un pic direct de 650 W par façade exposée :
Façade
Pic
Fenêtre de soleil direct
Est
09 h 00
05 h → 13 h
Sud
13 h 00
08 h 30 → 17 h 30
Ouest
17 h 30
13 h → 22 h
Nord
—
diffus uniquement
S'y ajoute un diffus de 120 W au pic (cloche large centrée à 13 h 30). En
logement traversant, le vitrage se répartit (×0,6 par façade) et le diffus
augmente un peu (×1,2 — logement d'angle). Volets fermés, 30 % du soleil
passe ; fenêtres ouvertes — donc volets relevés — tout passe. Ce dernier
point est le cœur de l'arbitrage jour/nuit.
Autocritique immédiate : c'est un soleil de ciel clair, tous les jours,
toute l'année. Pas de nuages, pas de saison, pas de latitude, pas de
masques (arbre, immeuble en face). C'est le morceau le plus schématique du
modèle. Sa circonstance atténuante : l'essentiel du verdict se joue la nuit,
où le soleil est nul et où cette approximation ne pèse plus rien.
La décision d'ouvrir
À chaque heure, la règle compare l'extérieur à l'air intérieur simulé, avec
une hystérésis et une pénalité solaire :
ouvrir si Text < Ta − 0,75 °C − P
fermer si Text > Ta − 0,25 °C − P P = 0,7 · Φsol / Hvent (le soleil admis en plus volets relevés, converti en °C équivalents)
L'hystérésis (ouvrir sous −0,75, ne refermer qu'au-dessus de −0,25) évite un
verdict qui clignoterait à chaque frôlement des courbes. La pénalité P dit
simplement : ouvrir ne vaut le coup que si le refroidissement par l'air dépasse
le surplus de soleil qui entrera volets relevés.
Deux exemples chiffrés, tirés du modèle tel quel :
13 h, façade sud en plein soleil, ventilation moyenne
(Hvent ≈ 134 W/K) : P ≈ 0,7 × 650 / 134 ≈ 3,4 °C. Il faut
plus de 4 °C de moins dehors pour que l'ouverture soit conseillée — rare en
pleine journée de canicule. Le verdict « gardez fermé » l'après-midi vient
de là.
23 h : soleil nul, P = 0. Un écart de 0,75 °C suffit à déclencher
l'ouverture. La nuit, la règle devient très permissive — c'est voulu.
Ce que veulent dire les chiffres affichés
Le créneau (« Ouvrez de 22 h à 07 h ») : les heures consécutives où
la règle ci-dessus dit « ouvert ». S'il y en a deux (tôt le matin puis la
nuit suivante), les deux sont affichés.
« X °C de mieux au plus chaud » : le modèle repère l'heure
extérieure la plus chaude après le début du premier créneau — le pic
que la nuit peut encore influencer — et affiche l'écart entre l'extérieur et
l'intérieur simulé à cette heure-là.
Le minimum de la nuit : le point le plus bas de la courbe intérieure
simulée.
La décomposition murs / ventilation / synergie : quatre simulations
sont lancées en faisant varier les réglages — (murs légers + ventilation
faible) comme base, puis vos murs seuls, puis votre ventilation seule, puis
tout ensemble. L'effet « murs » est ce que vos murs ajoutent à la base,
idem pour la ventilation ; la synergie est ce que les deux font
ensemble en plus de la somme (affichée seulement si ≥ 0,15 °C). C'est une
décomposition comparative : les biais systématiques du modèle s'y
annulent en partie, ce qui la rend plus fiable que les valeurs absolues.
« Air humide » : si le point de rosée moyen pendant le créneau
dépasse 16 °C, l'app le signale — aérer humide rafraîchit l'air mais charge
le logement en humidité.
Les widgets et Siri recalculent exactement la même simulation,
avec les mêmes données partagées — jamais une version simplifiée.
Là où le modèle est solide
Les constantes de temps sont les bonnes. Air en minutes, masse en
heures, bâtiment en jours : les trois échelles tombent dans les fourchettes
de la littérature. La forme de la courbe est digne de confiance.
Le verdict dépend de croisements, pas de valeurs absolues.
« Quand l'extérieur passe-t-il sous l'intérieur ? » est une question robuste :
même si κ était faux de 50 %, le créneau bougerait de quelques dizaines de
minutes, pas d'heures. C'est la sortie la plus fiable de l'app.
Les comparaisons encaissent les erreurs. « Qu'est-ce que je gagne
avec plus de ventilation ? » se calcule par différence entre deux simulations
qui partagent les mêmes biais — ils s'annulent en partie.
Aucun paramètre n'est recalé pour faire joli. Les valeurs viennent
de la norme (κ), de la physique de base (ρcp de l'air) et d'ordres
de grandeur documentés ; elles sont toutes listées ci-dessus et identiques
pour tout le monde.
Les biais, honnêtement
Chaque simplification pousse le résultat dans un sens. Les voici, du plus
important au plus anecdotique —
optimiste = l'app promet plus de fraîcheur que la
réalité, prudent = elle en promet moins.
Îlot de chaleur urbain non captéoptimisteLa prévision vaut pour une maille de plusieurs kilomètres.
En centre-ville dense, l'air nocturne réel est souvent 2 à 4 °C plus chaud
que la maille — le refroidissement nocturne est donc surestimé. C'est le
biais qui compte le plus en canicule urbaine. La température qui fait foi
est celle à votre fenêtre.
Soleil de ciel clair permanentprudentUn jour nuageux, la pénalité solaire est surestimée : l'app
peut dire « gardez fermé » alors qu'ouvrir serait déjà rentable. Elle rate
un peu de fraîcheur, elle n'en invente pas.
Ventilation fixée par votre réglage, pas par le vent réel± les deuxLes renouvellements d'air (3 / 8 / 15 vol/h) sont une
constante choisie par vous. Nuit sans un souffle : surestimés. Nuit ventée :
sous-estimés. Le tirage thermique (qui augmente avec l'écart de température)
n'est pas modélisé non plus.
Enveloppe unique (50 W/K, logement ancien type)± selon logementTrès isolé (récent, RT 2012+) : votre intérieur dérive plus
lentement que simulé fenêtres fermées. Passoire thermique : plus vite. Le
réglage d'inertie compense en partie, pas totalement.
Erreur de la prévision météo elle-même±Une prévision horaire à 24 h se trompe typiquement de 1 à
2 °C. Conséquence directe : les bornes des créneaux sont fiables à
±30 min – 1 h, pas à la minute.
Une seule zone de 20 m²±Pas de multi-pièces, pas d'étage : un duplex sous toit, une
chambre nord et un séjour sud vivent des réalités différentes que le modèle
moyenne. Les Watts absolus valent pour la pièce type ; les créneaux et les
tendances, eux, se transposent bien.
Apports internes constants (150 W)optimiste ponctuellementUn dîner à six avec le four allumé injecte bien plus que
150 W. Les soirs de réception, l'intérieur réel sera au-dessus de la
courbe.
Pics solaires fixes (ni saison, ni latitude)±Les cloches sont calées sur un été de latitude moyenne. En
juin à Lille ou en septembre à Nice, les heures de pic réelles décalent
d'une heure environ — la pénalité solaire avec elles.
La bonne lecture découle de tout ça :
le créneau à ±1 h près, les tendances, les comparaisons — pas la
décimale. Le chiffre affiché avec une décimale est une sortie de calcul,
pas une promesse de précision.
Se calibrer chez soi
Le meilleur correctif ne coûte rien : un thermomètre. La température
intérieure que vous saisissez est l'état initial exact du modèle — c'est le
levier de précision numéro un, bien devant tous les réglages.
Saisissez la température réelle, comparez le lendemain ce que l'app avait
annoncé (minimum de la nuit, intérieur au plus chaud) à ce que vous mesurez.
Si votre logement se réchauffe systématiquement plus vite que la
courbe : choisissez des murs plus légers. Plus lentement : plus lourds. Deux
ou trois itérations suffisent en général.
Si le refroidissement nocturne déçoit alors que la météo était bonne,
pensez à l'îlot de chaleur : en ville dense, préférez une ventilation
réaliste plutôt qu'optimiste.
Avec un capteur connecté, le raccourci « Régler la température
intérieure » peut alimenter l'app automatiquement (HomeKit, Matter, via
l'app Raccourcis) — le modèle reste alors calé sur la mesure.
Sources
Les capacités thermiques κ viennent des classes de la norme
EN ISO 13790. La démarche (ventilation nocturne, masse
thermique, arbitrage solaire) s'appuie sur la littérature publique — MIT
CoolVent, OMS/NCBI NBK143285, Kolokotroni et al. 1998, Yam et al. 2007,
Building & Environment 2021, AIVC, entre autres. La liste complète est sur
la page copyright. Les données météo proviennent
d'Open-Meteo
(CC BY 4.0).
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